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Faute inexcusable de l’employeur : prévenir le risque, prouver ses diligences, vérifier son assurance

Après un accident du travail ou une maladie professionnelle, la reconnaissance d'une faute inexcusable alourdit fortement la charge financière de l'entreprise. Ce risque se prévient en amont : évaluer les dangers, agir, en garder la preuve, puis vérifier que l'assurance couvre réellement l'exposition résiduelle.

L'essentiel en 4 points

  • La faute inexcusable est retenue lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger et n'a pas pris les mesures nécessaires pour en préserver le salarié.
  • Il suffit que ce manquement ait été une cause nécessaire de l'accident ; il n'a pas à en être la cause unique.
  • La victime obtient une majoration de sa rente et l'indemnisation de préjudices complémentaires, avancées par la CPAM puis récupérées auprès de l'employeur.
  • L'employeur peut s'assurer, mais l'assurance ne remplace ni la prévention ni la preuve des mesures prises.

Qu'est-ce que la faute inexcusable de l'employeur ?

La faute inexcusable est une faute de l'employeur à l'origine d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle, qui ouvre droit pour la victime à une indemnisation complémentaire.

Ce que dit la loi. Le Code de la sécurité sociale prévoit l'indemnisation complémentaire de la victime lorsque l'accident est dû à la faute inexcusable de l'employeur ou de ceux qu'il s'est substitués dans la direction (CSS, art. L. 452-1). Le texte ne définit pas cette faute.

Ce que dit la jurisprudence. La définition est prétorienne. La Cour de cassation juge que le manquement à l'obligation légale de sécurité et de protection de la santé (C. trav., art. L. 4121-1 et L. 4121-2) a le caractère d'une faute inexcusable lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger et n'a pas pris les mesures nécessaires pour en préserver le salarié. Il suffit que ce manquement ait été une cause nécessaire du dommage, même si d'autres fautes y ont concouru (Cass. ass. plén., 24 juin 2005, n° 03-30.038).

Concrètement, une faute du salarié, l'intervention d'un tiers ou la pluralité des causes n'écartent pas à elles seules le risque pour l'employeur. Seule une faute inexcusable de la victime, appréciée très strictement, peut réduire la majoration de rente (CSS, art. L. 453-1).

Dans quels cas la faute inexcusable est-elle présumée ?

Le Code du travail prévoit deux cas où la faute inexcusable est de droit, sans que la victime ait à prouver la conscience du danger :

  • le salarié ou un représentant du personnel avait signalé à l'employeur le risque qui s'est matérialisé (C. trav., art. L. 4131-4) ;
  • un salarié en CDD, un intérimaire ou un stagiaire affecté à un poste présentant des risques particuliers n'a pas reçu la formation renforcée à la sécurité requise (C. trav., art. L. 4154-3).

Ces hypothèses imposent une traçabilité rigoureuse du traitement des alertes et des formations des contrats courts.

Comment les juges apprécient-ils la conscience du danger ?

L'appréciation est concrète et porte sur la situation de travail réelle. Les juridictions examinent notamment :

  • la nature du poste et des tâches confiées ;
  • les risques connus dans l'activité, le secteur ou sur le site ;
  • les accidents, incidents, alertes ou signalements antérieurs ;
  • les consignes et formations effectivement délivrées ;
  • les équipements de protection fournis et leur contrôle ;
  • l'existence et l'actualisation du document unique d'évaluation des risques (DUERP) ;
  • les mesures prises après la révélation d'un danger.

Le risque est maximal lorsque l'entreprise a été alertée sans réagir : accidents répétés, poste mal sécurisé, équipement défaillant, formation absente, violences externes ou risques psychosociaux signalés.

Quelles mesures de prévention l'employeur doit-il mettre en place ?

L'employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs, par des actions de prévention, d'information et de formation et par une organisation et des moyens adaptés (C. trav., art. L. 4121-1).

Il applique les principes généraux de prévention : éviter les risques, évaluer ceux qui ne peuvent l'être, les combattre à la source, adapter le travail à l'homme et privilégier la protection collective sur la protection individuelle (C. trav., art. L. 4121-2).

Une politique de prévention défendable doit être reliée aux conditions réelles de travail. L'entreprise doit pouvoir démontrer qu'elle a :

  1. identifié les dangers propres à chaque activité et à chaque poste ;
  2. actualisé le DUERP lorsque les circonstances l'exigeaient ;
  3. défini des mesures techniquement adaptées ;
  4. formé les salariés concernés et conservé la trace de ces formations ;
  5. donné des consignes compréhensibles et adaptées au risque ;
  6. contrôlé l'application effective des mesures ;
  7. traité sans délai incidents, alertes et remontées de terrain ;
  8. ajusté son organisation lorsque les mesures initiales se révélaient insuffisantes.

Comment prouver les mesures de sécurité prises ?

La prévention ne se présume pas : en cas de litige, seules des pièces datées et rattachées au poste concerné rendent crédible la position de l'employeur. Les versions successives du DUERP doivent d'ailleurs être conservées pendant au moins 40 ans (C. trav., art. L. 4121-3-1).

Pièces à conserver pour chaque risque significatif :

  • DUERP et ses mises à jour successives ;
  • plans de prévention et procédures de sécurité ;
  • supports, feuilles d'émargement et attestations de formation ;
  • consignes de poste, notices et affichages ;
  • justificatifs de remise et de contrôle des équipements de protection ;
  • registres de sécurité et rapports de maintenance ;
  • comptes rendus de visites et de contrôles techniques ;
  • procès-verbaux du CSE sur la santé, la sécurité et les conditions de travail ;
  • signalements, déclarations d'incidents et mesures correctrices ;
  • échanges établissant le traitement effectif de chaque alerte.

Attention à la chronologie : les mesures prises après l'accident évitent sa répétition, mais ne prouvent pas que l'employeur respectait ses obligations avant.

Quelles sont les conséquences financières pour l'employeur ?

Ce que dit la loi. La victime bénéficie d'une majoration de son indemnité en capital ou de sa rente (CSS, art. L. 452-2). Elle peut demander réparation des souffrances physiques et morales, du préjudice esthétique, du préjudice d'agrément et de la perte ou diminution de ses possibilités de promotion professionnelle (CSS, art. L. 452-3). Ces sommes sont avancées par la CPAM, qui en récupère le montant auprès de l'employeur.

Ce que dit la jurisprudence. Depuis la décision du Conseil constitutionnel n° 2010-8 QPC du 18 juin 2010, la victime peut demander réparation de l'ensemble des dommages non couverts par le livre IV du Code de la sécurité sociale. Depuis deux arrêts de l'Assemblée plénière du 20 janvier 2023 (n° 20-23.673 et 21-23.947), la rente n'indemnise plus le déficit fonctionnel permanent, qui peut donc être réclamé en sus.

La charge s'inscrit dans la durée : consolidation, rechutes éventuelles, expertise médicale judiciaire et évaluation des postes de préjudice.

La meilleure stratégie consiste à contester la qualification lorsque les faits le permettent : danger imprévisible, mesures adaptées et effectives, absence de lien entre le manquement allégué et l'accident. Si le risque de reconnaissance est élevé, l'enjeu devient l'encadrement documenté de chaque poste de préjudice.

L'employeur peut-il s'assurer contre la faute inexcusable ?

Oui. L'employeur peut s'assurer contre les conséquences financières de sa propre faute inexcusable ou de celle des personnes qu'il s'est substituées dans la direction de l'entreprise (CSS, art. L. 452-4).

Cette garantie est précieuse dans les secteurs exposés aux risques physiques, chimiques, routiers, psychosociaux ou liés aux interventions chez des clients. Mais elle peut comporter :

  • un plafond d'indemnisation ;
  • une franchise à la charge de l'entreprise ;
  • des exclusions liées à certaines activités ou circonstances ;
  • une prise en charge limitée de certains postes de préjudice ;
  • des conditions et délais de déclaration du sinistre ;
  • des règles sur les frais de défense et d'expertise.

Le risque : découvrir après l'accident que la police ne couvre qu'une partie de l'exposition, par exemple sans les préjudices complémentaires ou le déficit fonctionnel permanent. L'assurance relève donc des RH et de la gestion des risques, pas seulement des achats.

Comment auditer son contrat d'assurance avant un sinistre ?

Un audit périodique évite les décalages entre l'activité réelle et les garanties. Il porte sur :

  • les activités, sites, métiers et effectifs couverts ;
  • les risques propres aux postes exposés ;
  • le niveau des plafonds au regard de l'exposition potentielle ;
  • les franchises et exclusions ;
  • la prise en charge des frais de défense, d'expertise et de procédure ;
  • les délais et modalités de déclaration ;
  • l'articulation avec les autres assurances de l'entreprise ;
  • la cohérence entre les risques déclarés à l'assureur et l'activité réelle.

L'audit s'impose à chaque évolution : nouveau site, recours accru à l'intérim, nouvelles machines, télétravail, missions à l'étranger, interventions chez des clients, exposition accrue aux agressions.

Questions à poser à votre assureur

  • Toutes nos activités et tous nos sites sont-ils déclarés et couverts ?
  • Quels préjudices, frais et recours sont compris, y compris le déficit fonctionnel permanent ?
  • Quels plafonds, franchises et exclusions s'appliquent ?
  • Quelles déclarations faire après un accident ou une réclamation ?
  • Les garanties correspondent-elles à nos métiers et à nos risques les plus sensibles ?

Que faire après un accident du travail ?

Deux écueils sont à éviter : l'inaction et la reconstitution a posteriori d'une prévention non démontrable.

  1. Sécuriser la situation et préserver les éléments objectifs.
  2. Réunir les documents applicables au jour des faits : formation du salarié, consignes, équipements, contrôles techniques, signalements antérieurs.
  3. Établir une chronologie : conditions de travail, déroulement, témoins, alertes antérieures, décisions prises.
  4. Distinguer les mesures en place avant l'accident, les faits révélant un risque connu et les mesures correctrices postérieures.
  5. Déclarer le sinistre à l'assureur dans les délais du contrat.

L'action en reconnaissance relève du pôle social du tribunal judiciaire ; elle se prescrit en principe par deux ans (CSS, art. L. 431-2), avec un point de départ variable selon les situations.

Prévenir, prouver, assurer

La faute inexcusable se prévient au quotidien, par une organisation cohérente, des actions adaptées aux risques réels et la capacité de prouver leur mise en œuvre. L'assurance complète ce dispositif sans le remplacer. Pour l'employeur, la démarche tient en trois verbes : prévenir les risques, documenter les diligences, assurer les conséquences financières résiduelles.

Votre entreprise est exposée à des risques professionnels importants ou vient de connaître un accident du travail ? Le cabinet vous accompagne pour auditer votre prévention et vos garanties d'assurance, sécuriser la preuve de vos diligences et défendre vos intérêts devant le pôle social du tribunal judiciaire. Prendre rendez-vous

Cet article présente des informations générales à jour à la date indiquée et ne constitue pas une consultation juridique.